Stéphane Peu « 170 millions d’euros pris aux plus modestes » | L’Humanité

Président de Plaine Commune Habitat et maire adjoint PCF de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Stéphane Peu mène la fronde contre le gel des aides au logement et fustige la faiblesse du gouvernement face aux lobbies libéraux.
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Vous réclamez que 
le gouvernement revienne sur 
sa décision de geler les APL. 
Est-ce en bonne voie ?

Stéphane Peu. Quand la gauche arrive au pouvoir, en général, elle donne un coup de pouce au Smic et aux APL. Or, pour 2013, il n’y a eu ni l’un ni l’autre. Ce qui est proposé dans la loi de finances 2014 est pire encore – même la droite n’avait pas osé le faire : la désindexation, donc le gel, des APL. Cela représente dans le budget de l’État 170 millions d’euros, pris en l’occurrence sur le pouvoir d’achat des six millions de familles les plus modestes. C’est extrêmement injuste. Quand l’annonce a été faite, fin septembre, il y a certes eu des réactions (du mouvement HLM, des associations…), mais sans doute pas assez fortes. C’était trop gros pour être vrai. Un amendement vient certes d’être réintroduit dans la discussion budgétaire pour maintenir l’actualisation annuelle des APL. Mais on n’est pas du tout sûr qu’il sera voté (ce vendredi – NDLR). Au nom de Plaine Commune Habitat, j’ai d’ailleurs écrit aux quatre députés du secteur (Élisabeth Guigou, Bruno Le Roux, Mathieu Hanotin, pour le PS, Marie-George Buffet, pour le PCF), et seule la dernière nommée m’a répondu…

L’équipe en place se justifie en mettant en avant 
sa mesure d’encadrement des loyers…

Stéphane Peu. Sauf qu’il s’agit précisément d’un encadrement, et non d’un gel. À la limite, si on avait vraiment gelé les loyers, il aurait été envisageable de faire de même avec les aides au logement. Mais ce n’est pas le cas. Bailleurs sociaux comme privés pourront bien augmenter les loyers au 1er janvier 2014, dans la limite de l’indice de révision. Et les aides, elles, stagneront. Ce sera autant de pris sur le pouvoir d’achat des familles modestes ! C’est très choquant. D’autant que le logement et les charges d’énergie sont les postes qui, depuis dix ans, ont le plus augmenté dans le budget des ménages. Ainsi, entre 2000 et 2010, la part du logement dans ce budget est passée de 18 % à 25 %. En Île-de-France et dans les zones tendues, on atteint même 40 %.

Ce qui est d’autant plus choquant, c’est que 
dans le même budget, le gouvernement 
Ayrault a prévu d’importants cadeaux fiscaux 
aux propriétaires…

Stéphane Peu. Faute de réelle volonté de changer les choses, ce gouvernement est très faible face aux lobbies d’inspiration libérale. La grande réforme bancaire a accouché d’une souris dès le premier battement d’ailes des « pigeons », et depuis, tous les lobbies se sont engouffrés dans cette brèche, dont celui, très puissant, des propriétaires et des promoteurs immobiliers. On a ainsi reconduit, tout en l’amendant, un système de défiscalisation (Scellier, devenu Duflot – NDLR), qui est un avantage fiscal octroyé à l’infime partie des Français qui sont déjà multipropriétaires, alors que les aides aux primo-accédants restent extrêmement faibles. L’idée qui sous-tend toute cette politique est que la réponse aux problèmes de logement ne peut venir que du marché. Ce modèle est pourtant en échec partout où il est mis en œuvre, il a généré la crise des subprimes aux États-Unis et met aujourd’hui 500 familles à la rue chaque jour en Espagne !

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