Marchands de sommeil : C’est plus rentable que la bourse !

Ils sont médecin à l’hôpital, diplômé d’HEC ou professeur de droit. Voilà quelques-uns des profils de marchands de sommeil qu’a vu passer Stéphane Peu, adjoint au maire, dans sa ville de Saint-Denis (93). C’est « de la délinquance en cols blancs ». « L’autre profil : le blanchiment d’argent et des réseaux mafieux. » Tous, en tout cas, maîtrisent bien le droit et la fiscalité. « Souvent, ils sont capables d’organiser leur insolvabilité, et sont très bien entourés d’avocats », continue Pascal Martin, chef du service technique de l’habitat à la Ville de Paris. Parfois, la justice passe. Un marchand de sommeil de Saint-Denis, multirécidiviste, a été condamné à 12 mois de prison ferme en novembre par le tribunal correctionnel de Bobigny. L’homme, commerçant, a acquis une dizaine de biens, en SCI, ou sous prête-noms. Des immeubles dont il a divisé les appartements, sans autorisation, ou des hôtels souvent frappés d’arrêtés d’insalubrité. Autre exemple de ces marchands de sommeil, un homme qui vit dans un logement social a acheté ce qui ressemble à un local poubelle, et l’a mis en location. Une pièce aveugle de 9 m2. Faux plafond effondré, humidité, installation électrique dangereuse… Pour 650 euros mensuels. Pour Pascal Martin, la logique qui prime, « c’est l’exploitation de la misère. C’est plus rentable que de jouer à la Bourse ». Pour les locataires, c’est aussi le quotidien de menaces, d’expulsions illicites à chaque retard de loyer ou de plaintes de leurs conditions de logement. « Du jour au lendemain, des locataires molestés, des serrures changées, des affaires vidées sur le trottoir », explique Jean-Baptiste Eyraud, au DAL.
Tiré de l’article « Logement : tous les coups sont permis. »  de Pia de Quatrebarbes – L’Humanité Dimanche – Jeudi, 5 Février, 2015