Un mois après, premier bilan de l’état d’urgence

crédits : médias libres

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Dans la nuit du 13 au 14 novembre, François Hollande annonçait qu’il décrétait l’état d’urgence. Quelques jours plus tard, les parlementaires votaient presque à l’unanimité une loi prorogeant cet état exceptionnel pour trois mois. Un mois après la mise en place de ce régime d’exception, un premier bilan s’impose.

Rappelons que l’état d’urgence permet d’autoriser sans décision d’un juge, les perquisitions de nuit, l’interdiction des manifestations, rassemblements, spectacles, l’interdiction de séjour dans un lieu donné, l’instauration d’un couvre-feu et les assignations à résidence. En un mot, il donne la pleine initiative au Ministère de l’Intérieur sur toutes ces actions.

Instauré qu’à 5 reprises depuis sa création,  il n’avait jusqu’au mois dernier jamais été utilisé suite à d’attaques terroristes.

Autant la mise en place d’une telle mesure pouvait se concevoir pour quelques jours, pour aller plus vite dans le démantèlement des commandos terroristes, comme ce fut cas avec l’opération de police menée à Saint-Denis, autant sa prolongation, à 3 mois (voir à 6 comme évoqué un temps par la Président de la République) n’est pas justifiée(le droit existant est suffisant) et potentiellement dangereuse. En effet, lorsqu’il y a un risque d’abus de pouvoir, il finit toujours par se commettre.

Les récentes prisent de position d’Amnesty International ou du bâtonnier de Paris, Me Pierre-Olivier Sur qui pointent « un recul des libertés publiques depuis la mise en place de l’état d’urgence en France »ne sont pas à prendre à la légère.

Selon un bilan publié le vendredi 11 décembre, 2 575 perquisitions, 354 assignations à résidence et 311 interpellations ont été menées sans contrôle du juge depuis l’instauration de l’état d’urgence. Dans son obsession de s’approprier les symboles de l’ordre, le gouvernement PS a plus que détourné l’utilisation de ce régime d’exception en le transformant en un instrument de plus pour criminaliser les mouvements sociaux !

 

Perquisitions, mises en résidence surveillée, pluie d’interdiction de manifester se multiplient.
Pendant les deux jours qui ont précédé l’ouverture de la COP21, la lutte contre le terrorisme marquait d’étranges points avec des lettres de cachets assignant à résidence toutes sortes de militants écologistes.

La gestion des heurts place de la République s’apparentant à la mise en place d’une souricière s’est soldée par la mise en garde à vue de 317 personnes (dont de nombreuses personnes de bonne foi ou simples partisans écologistes). Ce qui constitue un record en temps de paix.Par ailleurs, quel sens y-a-t-il à interdire, comme le font les préfets à la demande du Ministre de l’Intérieur, toutes les manifestations sur la voie publique à caractère revendicatif ou protestataire. Alors que dans le même temps, les manifestations sportives, récréatives ou culturelles ne le sont pas.

Souvenons-nous que les attentats du 13 novembre n’ont pas eu lieu dans un rassemblement protestataire mais dans une « manifestation sportive » au stade de France, « récréative », aux bistrots du canal Saint-Martin et « culturelle », au Bataclan. Quelle logique conduit à en déduire l’urgence d’une perquisition chez des agriculteurs bio ? Et la mise en résidence surveillée de l’avocat de la « marche pour le climat » ?

Tous ces exemples doivent nous amener à la plus grande vigilance sur l’emploi et la prolongation de l’état d’urgence. N’empêchons pas les mouvements sociaux de s’exprimer. Respectons le droit de manifester.

Enfin sur le fond, la mise en place spectaculaire de l’état d’urgence ne doit pas être un subterfuge permettant à l’Etat de contourner le manque d’enquêteurs, de magistrats instructeurs, d’avocats et de moyens humains sur le terrain pour permettre d’assurer la sécurité de tous les citoyens.

Qui se souvient que 20 agents des renseignements généraux étaient affectés sur la seule circonscription de Saint-Denis avant la grande réforme des renseignements mise en place sous la présidence de Nicolas Sarkozy ? Il n’y en a actuellement plus aucun au plus près de la population.

Qui se souvient de la promesse du candidat Hollande de remettre en place une police de proximité ? A ce jour, cette promesse est restée lettre morte.A la place, le gouvernement préfère faire patrouiller nos militaires dans les rues…

Pire, il manque toujours 200 policiers au commissariat de Saint-Denis pour être traiter sur le même pied que le 18ème arrondissement. Dans ces conditions comment enquêter correctement ou simplement être présents sur l’espace public ?

Plutôt que monter des opérations de communication à grand renfort de lois liberticides, le gouvernement ferait mieux de donner de vrais moyens à notre service public de renseignement et de sécurité pour pouvoir fonctionner correctement.