Après les propos scandaleux de Patrick Kanner, la mise au point du Maire de Saint-Denis

« Une petite phrase qui résume trente-cinq ans d’échec de la politique
de la ville »

Par Didier Paillard, maire de Saint-Denis

Saint-Denis est blessée. Aux abords du Stade de France, un homme a trouvé la mort lors de cette soirée funeste de novembre, et des dizaines de personnes ont été blessées. Après l’assaut du Raid, des familles se sont retrouvées à la rue.

Saint-Denis a aussi pu compter sur le courage des Dionysiens. Les agents de sécurité au Stade de France ont su, par leur professionnalisme, éviter le pire. Les habitants du centre-ville n’ont pas cédé à la panique, malgré un déploiement colossal des forces de l’ordre un matin de novembre. Des femmes et des hommes sont aujourd’hui aux côtés des blessés et des familles sans domicile, pour les accompagner au quotidien.

Saint-Denis panse ses plaies et peut compter sur ses héros ordinaires. Mais Saint-Denis est aujourd’hui attaquée.

Les petites phrases opportunistes des Ciotti, Ménard et autres extrémistes pullulent pour faire le lien entre Saint-Denis et djihadisme, entre quartiers populaires et radicalisme religieux. Le ministre de la ville, de la jeunesse et des sports n’est pas en reste, lui qui déclare qu’« une centaine de quartiers en France présentent des similitudes potentielles avec ce qui s’est passé à Molenbeek ».

Quel mépris pour les victimes et pour les Dionysiens ! Quel aveu d’échec pour un ministre de la ville ! Monsieur le ministre tente de dédouaner son gouvernement en montrant du doigt certains quartiers. Pourtant, il n’existe toujours pas de réelle politique nationale de prévention et de lutte contre le radicalisme religieux.

Des magistrats en grève pour des stylos

À ce déficit s’ajoute l’échec flagrant de 35 années de politique de la ville. Oui, Monsieur Kanner, « les services publics ont quasiment disparu » des banlieues : ceux de l’Etat.

Qu’on en juge à Saint-Denis : chaque jour, des parents d’élèves se mobilisent pour le remplacement des enseignants ; des habitants se battent pour que les bus et les bureaux de poste respectent leurs horaires ; 200 policiers nationaux manquent à l’appel ; les magistrats ont dû se mettre en grève pour obtenir plus de moyens humains et plus de stylos (!).

Ce ne sont pas les quartiers qui abandonnent la République. C’est la République qui abandonne ses quartiers.

Cette stigmatisation est d’autant plus fausse qu’elle ignore la réalité d’une ville comme Saint-Denis. Saint-Denis est l’une des communes les plus dynamiques de France : en 15 ans, sa population a augmenté de près de 30 %, son nombre d’emplois de 58 %. Aucune autre ville d’Île-de-France ne contribue autant à l’attractivité économique et à la résorption de la crise du logement de la métropole parisienne. Aucune autre n’allie autant développement économique et social afin que des milliers de personnes accèdent à une vie digne. Les Dionysiens contribuent chaque jour à cette dynamique, par les liens et les solidarités qu’ils construisent, par les luttes qu’ils mènent, par leur volonté à renforcer une ville jeune, populaire et métissée.

La petite phrase de Monsieur Kanner met à jour le paradoxe de notre gouvernement : ce sont ceux qui condamnent le plus le communautarisme, les « ghettos » voire « l’apartheid », qui les alimentent, chaque jour un peu plus, par leurs politiques creusant les inégalités sociales, scolaires et territoriales.

Didier Paillard est maire (PCF) de Saint-Denis

Source – Le Monde