Législatives 2017 : Interview – le Journal de Saint-Denis

Législatives 2017 : L’adjoint au maire de Saint-Denis se lance dans
une campagne marathon pour regagner le siège remporté en 2012 par le socialiste Mathieu Hanotin.

Bannière Stéphane Peu

Le JSD : Les élections législatives, c’est dans quatorze mois. Pourquoi annoncer votre candidature aussi tôt ?

Stéphane Peu : Pour rassembler les citoyens en leur demandant autre chose que de se ranger derrière un candidat et un programme. La politique crève de ce comportement. Partir tôt en campagne, c’est se donner le temps de construire avec les habitants de Pierrefitte, Saint-Denis et Villetaneuse le contrat de mandature qui nous liera.

Le JSD : Un rassemblement autour de quel fil conducteur ?

S.P : La gauche debout. Pour rassembler les nombreux habitants à avoir espéré dans l’élection de François Hollande et à être très déçus, voire désespérés, par la politique de ce gouvernement et de sa majorité. Ce n’est pas parce que François Hollande a capitulé sur l’ensemble de son programme qu’il faut se résigner à voir notre société dériver et creuser les inégalités. D’autres politiques sont possibles, une multitude d’idées et d’énergie existent dans les quartiers, la jeunesse, les écoles, les associations… Beaucoup d’innovations sur le champ de l’écologie, de l’économie sociale et solidaire…Tout le monde cherche des solutions et beaucoup en trouve à l’échelle de la cage d’escalier, du quartier ou du club de sport. Il faut que toutes ces expériences et intelligence puissent être unies et rassemblées. On ne construira pas une espérance en étant seulement vent debout. Il faut lutter pour résister mais aussi proposer pour faire autrement. La campagne longue que j’engage va servir à construire un programme avec toutes les volontés.

Le JSD : Le député Mathieu Hanotin revendique aussi la gauche…

S.P : C’est la gauche qui s’est couchée. Le député a voté toutes les mauvaises lois de ce gouvernement. Hanotin et Hollande c’est le manche et la lame du même couteau. Leur politique a été une succession de renoncements devant l’Europe, Merkel, la finance, le patronat… Tout ça pour des résultats catastrophiques avec plus de 6 millions de chômeurs et l’aggravation des inégalités. La jeunesse devait être leur priorité, elle a été en réalité la grande sacrifiée de leur politique.

Le président Hollande a été élu en mai, le député Hanotin en juin… Fin juin 2012, ils ont tous les deux renoncé à renégocier le traité européen. C’est ce qui a ligoté et enfermé notre pays. En septembre, ils avaient promis la grande réforme bancaire avec la séparation des banques de dépôts et d’affaires. Ils ont cédé aux lobbies des puissances financières, il n’y a eu aucune réforme et aujourd’hui on est dans le scandale de Panama Papers. Cette gauche a aussi abdiqué devant le Medef avec le CICE, véritable scandale, couteux pour le pays et qui s’avère inefficace pour lutter contre le chômage.

La gauche debout, c’est l’inverse et elle représente beaucoup de gens. Des électeurs communistes dont je suis ; des écologistes, des socialistes dont beaucoup me disent leur déception et leur volonté de faire autrement.

Le JSD : Vous êtes membre du Parti communiste. Serez-vous aussi le candidat du Front de gauche ?

S.P : Je souhaite être le candidat qui rassemble toutes celles et de tous ceux qui ne renoncent pas, qui sont conscients que la politique du gouvernement fait progresser les idées du Front National et de la droite.

Ma candidature est celle d’un communiste qui met son expérience au service du rassemblement d’une gauche qui n’accepte pas les renoncements. Les étiquettes politiques intéressent de moins en moins les citoyens. C’est ce que montre par exemple le mouvement la « Nuit Debout », place de la République, où je me suis rendu à plusieurs reprises. Ça doit nous inspirer pour fabriquer ensemble, avec les citoyens.

Le JSD : Ces citoyens, vous voulez les fédérer autour de quelle idée ?

S.P : Ensemble, nous sommes la force et l’espoir. Aujourd’hui, 1% les plus riches détiennent autant que les 99% des autres habitants. Ici nous sommes les 99%. Notre nombre est notre force. Il faut en avoir conscience. Personne ne peut penser que la société progresse en accentuant les inégalités. Un territoire comme le nôtre est attaché à une France capable de faire vivre sa devise Liberté, Égalité Fraternité. Mais la République ne peut pas être trois mots creux, vidés de sens et inappliqués. Les gouvernements successifs s’attachent à gommer ce qui a fait l’originalité et la force de notre pays: les luttes et son modèle social (la sécurité sociale, les HLM, la retraite par répartition, l’éducation pour tous…). Pour eux, il faut toujours copier ce qui se fait ailleurs. Pour nous, le génie de notre population et de sa jeunesse est capable d’inventer son propre modèle.

Recueillis par Dominique Sanchez

Source: http://www.lejsd.com/index.php?s=21&r=32593