Saint-Denis : ils passent la Nuit debout contre les dealeurs

Ils n’en peuvent plus du trafic nocturne incessant en bas de leur immeuble. Les habitants de la cité Paul-Eluard, située derrière la gare de Saint-Denis, enclavée entre les voies des trams et le centre de cardiologie du Nord, ont décidé de passer la Nuit debout contre les dealeurs.

Pour la troisième soirée consécutive, ce samedi, des femmes, des hommes et quelques enfants ont à nouveau déplié leur table devant leur hall d’entrée. Deux d’entre eux ont même déposé plainte contre X ce samedi. Ils devaient revenir ce dimanche soir et « sans cesse tant que les dealeurs se réinstalleront », insistent-ils.

« Ce n’est plus tenable. En plus de leur trafic inadmissible, ils font du bruit jusqu’à très tard dans la nuit. Ça dure parfois jusqu’à 4 ou 5 heures du matin. Moi, je travaille pour élever ma fille », se plaint une maman infirmière. « Et moi j’ai peur car ils crient. Je n’aime pas ça du tout », se plaint une fillette âgée de 12 ans.

Les vendeurs s’installent autour d’un barbecue

Sur un petit plateau brinquebalant, un thermos de café, des jus de fruits et des petits gâteaux doivent permettre de se réconforter pendant la nuit. « Nous n’avons pas l’intention de céder. Ils essaient de nous intimider. Nous résisterons jusqu’au bout », poursuit une autre maman. Avec eux ce samedi soir, Stéphane Peu (PCF), le président du bailleur Plaine Commune Habitat, également adjoint au maire à Saint-Denis, fait lui aussi la sentinelle : « Il faut garder une pression permanente. Ils vont finir par comprendre qu’ils ne font pas la loi », insiste-t-il.

En face de cette assemblée en colère, à vingt mètres à peine, une poignée de jeunes hommes âgés de 20 à 30ans dont certains sont assis sur des chaises de jardin. D’autres s’apprêtent à allumer un barbecue autour duquel le trafic s’organise. Sur le sol, des bris de verre et les traces noires de voitures qui ont brûlé dans la nuit de mardi à mercredi finissent de clore le panorama peu apaisant.

A l’évidence perturbés par l’initiative des habitants, les dealeurs ne tardent pas à les invectiver, en leur intimant l’ordre de déguerpir. Personne ne bouge. Bien au contraire. Vers 21 h 30, une patrouille de police fait son apparition dans le quartier. Côté dealeurs, c’est le branle-bas de combat. Tous s’enfuient. Les policiers repartiront bredouilles. Sans interpellation. « Cette intervention policière montre que les forces de l’ordre ont compris que les habitants s’exposent. J’ose espérer qu’elles vont revenir », appelle de ses vœux Stéphane Peu.

« Et ben casse-toi alors », s’énerve l’adjoint au maire

Une fois les fonctionnaires hors de vue, les lascars reviennent à leur poste. Un peu plus irrités encore. « De toute façon, on n’habite pas là. Alors on s’en fout que ça ne vous plaise pas », provoque l’un d’eux. « Parce que vous croyez vraiment qu’on a l’intention de vivre à Saint-Denis ? De rester là ? », renchérit un autre, passablement agité. « Et ben casse-toi alors ! », rétorque, hors de lui, le président de Plaine commune habitat.

Il est 23 h 45. Les dealeurs changent de poste. Et entre les immeubles pourtant proprets du quartier, la noria de voiture a repris. 94, 77, 78… les plaques minéralogiques défilent, les voitures viennent de toute l’Ile-de-France et les files s’allongent. Le trafic s’est déplacé vers un autre immeuble, un peu plus loin. Et il ne s’est pas arrêté pour la nuit.

 

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