Quelle stratégie politique pour l’élection présidentielle de 2017 ?

Mon collègue élu et Président de Plaine Commune a publié une tribune dans L’Humanité au sujet de l’élection présidentielle de 2017 et du débat sur les primaires.

Seul le projet doit être candidat à ce stade par Parick Braouezec Président de Plaine Commune

La gauche française vit une période critique. Par ses reniements incessants depuis 2012, le gouvernement de François Hollande a beaucoup déçu et désespéré le peuple de gauche. Et ce ne sont pas les voltefaces de dernière minute qui lui permettront de retrouver la confiance perdue. Cette désillusion, que la loi travail ne peut qu’accentuer nous conduit dans un abîme.

Malgré cela, à 14 mois des élections présidentielles, nous voilà déjà focalisés sur les primaires. Saturées de candidats potentiels ou déclarés, qu’elles soient de gauche ou de droite, elles ne cessent de diviser et de détourner l’attention des réelles questions que les citoyens se posent.

Si la gauche veut échapper à la déroute annoncée de 2017, il faudra d’urgence sortir du débat autour du « qui ?» pour nous interroger sur le « pour quoi faire ? ».  Il faut au plus vite reconstruire du commun, redéfinir les valeurs portées par la gauche aujourd’hui, débattre avec tous y compris ceux qui parce que se sentant oubliés, désertent les isoloirs ou se tournent vers le FN, qui prétend les défendre.

Il existe une cassure entre la base et le sommet depuis l’élection présidentielle de 2002.  Rien ne va plus mais nous n’avons pas la capacité de réfléchir collectivement à la situation que nous vivons. La majorité des français n’a plus confiance et n’attend plus rien de cette politique ni d’un l’appareil d’Etat perçu comme injuste et arbitraire. Et contre toute logique, pour s’en sortir, ils auraient tendance à vouloir remettre leur avenir entre les mains d’un homme providentiel au lieu de construire un  leadership démocratique.

Pourtant, le contexte est propice à un projet alternatif. De nombreux intellectuels, élus, mouvements locaux ou internationaux, citoyens ont mené inlassablement des expériences. Les appels fleurissent, de la démarche de Patrick Viveret, Edgar Morin et Stéphane Hessel, fondant le collectif citoyen « Roosevelt 2012″, à Nicolas Hulot qui propose pour sortir de la crise de « faire converger des intelligences diffuses, qui rayonnent souvent dans la société civile de manière invisible » en passant par l’appel de 82 économistes atterrés à ré-enchanter l’avenir ou encore par des politiques institutionnelles innovantes pour de nouvelles pratiques sociales ou celles émanant des quartiers populaires.

Partout, des expérimentations se mènent, avec le développement de l’économie sociale et solidaire, indispensable pour le développement de biens communs, avec l’économie collaborative et du partage, avec l’agro-écologie chère à Pierre Rabhi. Partout des « défricheurs », comme aime à les appeler Eric Dupin, innovent et défendent une échelle des valeurs différente. De même, aujourd’hui le mouvement citoyen « nuit debout », bien qu’embryonnaire, contribue à construire un mouvement social fort contre les précarités de toute sorte.

L’insurrection des consciences est bel et bien en marche. Mais, le débat ne peut se résumer à qui en sera le commandant en chef.

Nous devons tirer les enseignements des candidatures passées, de la Gauche Alternative en 2006 qui avait permis, dans un premier temps, une candidature à plusieurs voix, à la démarche « Votez Y » qui visait à construire une plateforme de propositions sans candidat prédéterminé. Nous devons aussi prendre acte, de manière lucide, des limites du Front de Gauche qui avait pourtant su créer un immense espoir pendant la campagne de 2012.

Malheureusement, dans toutes ces tentatives, la question de l’ « homme » (car c’est rarement une femme) finit toujours par supplanter le débat de fond. Toute primaire, toute candidature providentielle ne font que renforcer le caractère présidentialiste de la Vème République.

Il s’agit avant tout de poser le débat le plus large possible. Je souscris, en ce sens, à la proposition du mouvement Ensemble de mettre sur pied localement des « forums pour une alternative » qui impulsent l’échange et l’élaboration de solutions politiques, avant tout questionnement sur une candidature commune.

Nous avons non seulement besoin de ré-enchanter la politique loin des querelles politiciennes mais surtout de reconstruire du commun. C’est la seule idée neuve. C’est la seule réponse alternative, moderne et durable à la crise politique et sociale que nous vivons.

Débattons de la société que nous souhaitons construire demain, du sens que nous donnons à notre engagement pour toutes celles et ceux qui vivent de plus en plus difficilement.

Proposons une plateforme d’objectifs et d’engagements de court terme améliorant rapidement la vie des gens et de moyen et long terme favorisant un processus de transformation sociale, économique et environnementale.

Enfin, rassemblons-nous, politiques de toute la gauche, syndicalistes, universitaires, militant-e-s associatifs, citoyen-ne-s des villes et des campagnes autour de ce projet.

Il sera toujours temps, le moment venu, de choisir le candidat ou la candidate ou de le/la tirer au sort parmi des candidats potentiels.

Car, à ce stade, seul le projet doit être candidat.

Source : L’Humanité