Saint-Denis dévoile son plan pour lutter contre l’habitat indigne- Le Parisien

Ce lundi, la Ville de Saint-Denis a présenté une série de propositions qu’elle fera prochainement à Emmanuelle Cosse, la ministre du Logement, pour lutter contre l’habitat indigne. La Ville aux 8 000 logements insalubres réclame des moyens d’enquête renforcés, un arsenal législatif plus répressif et davantage de prévention.

Habitat insalubre le Parisien

Une brigade de police renforcée. L’unité de traitement des infractions sur la législation des étrangers (Utile) existe déjà mais ses effectifs sont tombés de sept à quatre agents pour tout le département. Elle s’occupe non seulement de l’habitat indigne mais aussi du droit des étrangers. Selon Stéphane Peu, maire adjoint chargé de l’urbanisme, il est indispensable de renforcer cette cellule avec des agents formés à la lutte contre le mal logement et l’insalubrité. Même requête pour doper les moyens de l’agence régionale de santé (ARS) qui évalue et instruit les dossiers de logements signalés insalubres.

Une zone de sécurité prioritaire pour l’habitat indigne. Comme il en existe pour le trafic de drogue, la mairie de Saint-Denis propose que les ZSP s’attaquent aussi à l’habitat délabré. « Il y a un lien entre habitat indigne et criminalité », souligne Stéphane Peu qui dénonce un véritable « business de la misère ». Le drame de l’incendie mortel du 6, Paul-Eluard illustre cette exploitation de la pauvreté.

Dans cet immeuble, un propriétaire indélicat ne paie pas ses charges de copropriété et reloue à des squatteurs un appartement qu’il a pourtant vendu. « C’est le ver dans le fruit », dénonce l’adjoint. On retrouve ce même propriétaire, main dans la main avec le même cabinet de gestion, dans un autre immeuble de Saint-Denis identifié comme problématique et qui a été ravagé par un incendie qui avait tué trois personnes en septembre 2012 au 39, rue Gabriel-Péri.

Le parquet de Paris appelé à la rescousse. Le tribunal de Bobigny est engorgé. Saint-Denis demande « la délocalisation des dossiers d’habitat insalubre du 93 au tribunal de grande instance de Paris ». « Face aux petits copropriétaires, les marchands de sommeils ont les meilleurs avocats de Paris. Le bras de fer est inégal », indique l’élu. Les dossiers peuvent s’éterniser. « En juillet seront jugés des faits qui remontent à 2005 », précise la Ville.

Mettre le turbo sur la loi Alur. Alur comme Accès au logement et urbanisme rénové. Cette loi date du 24 mars 2014, mais des décrets concernant l’habitat insalubre, notamment le permis de louer, n’ont pas encore été pris, empêchant l’application de cette mesure qui interdirait aux propriétaires condamnés de louer de nouveaux biens. De son côté, le député PS Mathieu Hanotin vient de saisir François Hollande pour accélérer la procédure.

Des peines plus lourdes pour les marchands de sommeil. Les élus dionysiens préconisent des sanctions allant jusqu’à la privation des droits civiques.

Un accompagnement spécifique des victimes. Après un sinistre, les victimes déjà précarisées ont besoin d’un suivi étroit. La Ville demande qu’elles fassent l’objet d’un accompagnement spécifique tant au niveau social, sanitaire, psychologique, qu’administratif et qu’elles bénéficient d’une recherche d’un nouveau logement en priorité sur le contingent préfecture et dans la ville de résidence.

90 000 logements insalubres en Seine-Saint-Denis 90 000 logements ont été déclarés insalubres en Seine-Saint-Denis. Saint-Denis en abrite 8 000. Mais 40% du parc privé de la ville serait « indigne », selon la municipalité.

En 2015, 22 arrêtés d’insalubrité ont été pris sur Saint-Denis. Soit 10% des décisions prises sur le département, indique la préfecture.

100 dossiers liés à l’habitat indigne sont instruits tous les ans par le parquet de Bobigny.


Deux propriétaires de l’immeuble des terroristes attaquent l’élu Huit mois après l’assaut contre les terroristes dans la rue de la République à Saint-Denis, l’appartement qui abritait Abaaoud et ses complices revient sur le devant de la scène. Judiciaire cette fois. Stéphane Peu, adjoint au maire PCF de Saint-Denis, est assigné en diffamation devant le tribunal de grande instance de Paris par Farid et Hamid Issaadi.

Les propriétaires de plusieurs logements dans cet immeuble s’estiment injustement traités de « marchands de sommeil » par l’élu. Stéphane Peu les avait affublés de ce sobriquet peu flatteur. Après consultation du cadastre, l’élu certifie : « Ils sont bien propriétaires de l’appartement qui a accueilli les terroristes. » L’adresse, plus connue sous le nom de « l’appartement de Jawad », avait été confiée à cet homme de main qui avait ouvert la porte aux djihadistes.

Me Daoud Achour, avocat des frères Issaadi, réfute catégoriquement cet élément. « C’est faux, mon client n’hébergeait pas des terroristes mais au contraire il est l’une des victimes de l’assaut du Raid. »

Dans le logement mitoyen de la cache des terroristes habitait Ahmed, un Egyptien de 63 ans, blessé au bras par « un tir de neutralisation » des policiers au matin du 13 novembre 2015.

Me Achour estime que Stéphane Peu a fait une confusion : « L’appartement a été divisé en deux lots. » La partie où se sont retranchés Abaaoud et ses complices aurait été « revendue à une tierce personne », poursuit l’avocat. C’est en tout cas la ligne de défense qu’il soutiendra dans les mois qui viennent devant le tribunal. « Mes clients ont des casiers judiciaires vierges. Farid est ingénieur en informatique en recherche d’emploi, Hamid voudrait créer sa société de VTC. »

Il ajoute : « Avant l’assaut, la copropriété avait fait voter l’installation de la vidéosurveillance. Est-ce que des marchands de sommeil accepteraient cela ? » Il réfutera également tout lien avec le tristement célèbre Jawad.