Fi au Figaro !

Tribune rédigée par L’Union sociale pour l’habitat

Selon un article du Figaro Immobilier du 28 juin 2016, se basant sur une étude de la Fondation Ifrap, les « logements sociaux seraient trop nombreux et mal utilisés ». Rétablissons la vérité et tâchons de permettre à chacun de se forger une idée la plus exacte possible de l’habitat social en France.

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Le Figaro s’offusque des 17 milliards d’euros dépensés chaque année en APL pour le logement social. Un chiffre totalement faux car il couvre l’ensemble des aides personnelles au logement. Et malhonnête puisque la répartition de ces 17 milliards n’est pas mentionnée. Car la majorité des aides bénéficie au secteur privé (61% contre 34% pour les locataires des bailleurs sociaux).

Les APL s’envoleraient « dans les mêmes proportions que la hausse des loyers à l’initiative des bailleurs sociaux ». Là encore, mensonge ! Est-il besoin de rappeler que les organismes Hlm respectent des obligations légales relatives aux hausses de loyers.

L’étude dévoilerait « un taux de vacance alarmant » ? La vacance toujours et encore !
Rappelons en passant qu’elle est bien supérieure dans le parc privé que dans le parc social. L’INSEE évalue à 2 millions le nombre de logements aujourd’hui vacants en France, pour l’essentiel privés. De plus, la vacance du parc social s’explique, pour l’essentiel, par des raisons structurelles. Il existe une vacance « frictionnelle », qui apparaît mécaniquement lorsque se libère un logement : or le turn over concerne plus de 400 000 logements sociaux par an, soit 10% du parc ! A cela s’ajoute la vacance liée aux opérations, lourdes, de réhabilitation que conduisent les organismes Hlm.

Cerise sur le gâteau : il y aurait trop de logements sociaux en France (17% du parc quand la moyenne européenne est à 8,6%) ! Et alors ? Fort heureusement même ! Dans un contexte marqué le plus souvent par la pénurie de l’offre par rapport aux besoins, par une fragilité croissante des locataires du parc social et des demandeurs, faut-il regretter de compter plus de parc social que nos voisins européens ? Rétablissons un soupçon de vérité : nous manquons de logements sociaux !
De plus, la construction de logements sociaux profite à l’économie toute entière par le volume d’investissements qu’elle génère. Ainsi les opérations de construction neuve et les gros travaux portés par les organismes Hlm représentent 16 milliards d’euros en 2015. Chaque année, la commande Hlm génère par ailleurs 140 000 emplois directs, non-délocalisables.

Cet article est un tissu de mensonges et d’approximations. Il s’inscrit très nettement dans une vision qui relève de « l’économisme », de la même façon qu’existe le scientisme construit sur des analyses partielles, à courte vue. C’est simpliste et facile. C’est le contraire d’une culture sociale, d’une culture historique. Le logement social correspond à un modèle de société auquel notre pays est attaché et auquel le modèle européen va peut-être commencer à s’intéresser… Son histoire et son modèle sont indissociables de l’évolution économique, politique et humaine du pays. Cet héritage de notre patrimoine républicain s’impose comme un élément majeur du pacte social d’aujourd’hui.

Le logement social ne coûte pas. Il apporte. Contrairement à ce qu’écrit Le Figaro, la France a la chance de disposer d’un important secteur du logement social. Un secteur qui fonctionne en dehors des circuits financiers internationaux et qui joue un rôle contra-cyclique en période de crise, avantage aujourd’hui bien précieux. Il repose sur un modèle de financement public peu coûteux pour le pays qui transforme une ressource à vue (le livret A) en prêts à très long terme.

Parce que les loyers en logements Hlm sont moins élevés, les ménages voient leur pouvoir d’achat augmenter, réservant la somme qu’ils injecteraient dans un loyer privé pour l’épargne ou leur consommation. L’économie réalisée par ménage est équivalent à une aide mensuelle de 261 euros. De quoi s’abonner aisément au Figaro !