Saint-Denis« Ce n’est pas normal d’aller au lycée dans la peur ! » – LE PARISIEN

La vidéo de l’agression a beaucoup circulé, sur les écrans de smartphones du lycée Suger, à Saint-Denis. On y voit, dans le hall d’entrée, le surveillant qui fait face, seul, aux coups portés en pleine figure, par deux adolescents. Il tente de les maîtriser. Un second surveillant surgit, pour l’épauler. Autour, une foule d’élèves observe la scène. Fin du premier round. Fin du film. La suite, racontent Naomie, Zineb, Thyphaine et Dalila, quatre élèves de seconde, c’est « le sang par terre » et « les cris ».

Manifestation - Lycée Suger

Le surveillant, sorti du lycée pour rattraper un jeune qui lui a pris son téléphone, a été passé à tabac. « Le nez cassé, des commotions partout, des fissures au crâne », énumère une enseignante. Naomie, présente au moment des faits, survenus le 5 septembre, a eu peur du mouvement de foule : « J’ai cru que j’allais me faire attaquer aussi ».

Depuis, les enseignants de Suger sont en grève, et exigent des surveillants supplémentaires. Les réponses de l’Education nationale (lire ci-dessous) ne leur ont pas semblé suffisantes jusqu’à présent. Ce lundi, quelques dizaines d’élèves ont pris le métro avec eux, pour aller crier, sous les fenêtres du ministère de l’Education nationale à Paris, qu’ils veulent « autant de surveillants qu’au lycée Louis-le-Grand », prestigieux établissement parisien.

« L’ambiance est tendue, toujours sur le fil »Plus de surveillants, pour quoi faire ? Certes, beaucoup décrivent des agressions et vols à l’extérieur du lycée. « Mais plus le temps passe, et plus la violence extérieure entre dans l’établissement de façon fracassante », note Fanny Martin, assistante sociale syndiquée à la CGT Educ’action. Le jour de son agression, le surveillant était seul à la grille d’entrée : « Il était nouveau, les élèves ne le connaissaient pas. » Pas facile de se faire obéir dans ces conditions.

Neuf surveillants (dont sept seulement affectés à des tâches de surveillance) suffisent-ils pour un lycée de 1 300 élèves ? « Non », rétorque Inès, élève de Terminale, qui évoque les « colliers arrachés », les portables volés, et ces barrières entourant l’établissement, « pas solides du tout »… « Il y a souvent des personnes de l’extérieur qui entrent, glisse la jeune Tremblaysienne. Ce n’est pas normal d’aller au lycée dans la peur. » « On sent qu’il manque du monde, ajoute Patricia, mère d’une élève de seconde. Il y a deux bâtiments à surveiller, c’est beaucoup. L’ambiance est tendue, toujours un peu sur le fil. » Et pourtant, glisse-t-elle, sa fille est « fière d’aller à Suger, là où a étudié son grand frère ».

Sonia, élève de Terminale, ne veut pas noircir le tableau : « C’est un bon lycée, il y a une ambiance familiale. On y tient, c’est pour ça qu’on est là. » A ses côtés, sa copine Elise, l’œil sérieux derrière ses lunettes, veut passer son bac dans de bonnes conditions. L’an dernier, elle a eu le poignet fêlé après s’être fait arracher son téléphone en sortant du lycée. Maureen et Joshua, étudiants en BTS production, ont aussi choisi Suger pour sa filière audiovisuelle réputée. « On vient de loin pour suivre cette formation, souligne Joshua. Ce qui gâche tout, c’est cette insécurité permanente ».

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