Centre ville Basilique – Le temps du renouvellement urbain [Le JSD]

Le quartier, sorti de terre il y a trois décennies, a révélé au fil des ans ses faiblesses : encaissé, terrain de délinquance… Aujourd’hui, la Ville lance une concertation avec les habitants pour le repenser. Des pistes sont déjà validées.

@Yann Mambert

Crédits : Yann Mambert

Le centre ville Basilique a été édifié dans les années 80 sur les 13 hectares d’une table rase. Ce dont personne à l’époque ne s’était offusqué. Jugé irrécupérable tant il croulait sous l’insalubrité, le quartier historique faisait place à un nouveau modèle urbain dont l’inspiration aujourd’hui paraît aussi daté qu’ingénu. Les cheminements sur dalles, qui étaient conçus comme autant d’invitations à musarder sur les hauteurs de la ville, ont été accaparés à des fins moins pacifiques. Pensé pour incarner la mixité sociale la plus aboutie, ce quartier miné par les trafics et la délinquance s’est paupérisé au fil du temps. Trente ans après, l’idée originelle a fabriqué l’exact opposé. Comment y remédier ?

Après la Plaine, le quartier Gare et la Porte de Paris, la requalification de l’îlot Basilique est aujourd’hui une priorité de la ville qui tenait le 15 septembre à l’école Jean-Vilar une réunion publique pour lancer la concertation dans le cadre du NPNRU. Comme Franc Moisin et Floréal-Saussaie-Courtille, le centre ville est l’un des 200 « quartiers d’intérêt national » de ce Nouveau programme national de renouvellement urbain qui est mis en œuvre jusqu’en 2024 avec une enveloppe globale de 5 milliards d’euros. Soit une moyenne de 20 millions par quartier. C’est trois fois moins que les subventions au titre de l’Anru, dont avaient bénéficié voilà douze ans Sémard, Franc-Moisin-Bel Air et Saint-Rémy, comme le notait Stéphane Peu, maire-adjoint en charge de l’urbanisme. Le projet sera affiné jusqu’en mars prochain où sera signé avec l’Etat le « protocole de préfiguration » impliquant chacun des partenaires co-financeurs.

« Nous avons engagé des études avec un cabinet d’urbanisme (1) qui a commencé à nous faire des propositions », poursuivait l’élu. Il en mentionnait trois, d’ores et déjà avalisées par la ville pour reconfigurer l’espace public, y ouvrir des perspectives. Parce qu’il « ferme toute une partie de la rue Jean-Jaurès », le bâtiment de l’hôtel Campanile devrait être démoli « dans les deux ans. On est presque d’accord avec les propriétaires. » Le Campanile irait rejoindre la Porte de Paris pour former un pôle hôtelier avec le Novotel. De même est-il envisagé sur la place du Caquet aujourd’hui enserrée par les bâtiments, d’ouvrir une perspective vers la place des Poulies, au besoin en grignotant de quelques logements un immeuble de l’îlot 8. Enfin, dans le souci de « développer la place des équipements publics », le cinéma L’ Ecran sera agrandi et doté d’un hall « ouvert sur la ville ».

Dans l’assistance où l’on comptait en début de réunion près d’une centaine de personnes, on s’interroge sur « la place du végétal » dans cet environnement « minéral, très dur ». Solution la plus simple préconisée par la ville, « l’accès immédiat du centre Basilique au parc de la Légion d’honneur » dont les entrées se situent aux abords de la Porte de Paris. Stéphane Peu envisage ainsi de négocier avec la Maison d’éducation l’ouverture permanente de cet accès concédé pour la seule période de l’été. Mais pour l’élu, il y a surtout l’îlot 8, cet ensemble de logements sociaux gérés par PCH et dont les angles saillants devaient être enveloppés de verdure par les plantations effectuées sur leur terrasse par les locataires. « Il faudra obtenir une dérogation aux règles d’attribution » de ces logements atypiques, « où l’on fabrique de la mal vie ». L’élu en donnait pour exemple un 120 m2 avec deux chambres pour une famille de cinq enfants. « Déconventionner ? Nous ne l’avons jamais voulu, ni pensé ».

Autre piste, la « galerie marchande » à rénover avec une mise à contribution de son propriétaire, le groupe Axa, qui pourrait être l’un des partenaires privés de la requalification du quartier. Il est question aussi des espaces publics et résidentiels à différencier, en fermant les dalles et certains passages où prospèrent délinquance et « incivisme ». Quant à déloger les dealers, M. Peu estime qu’« une initiative citoyenne est à encourager » pour y parvenir à l’exemple de la cité Paul-Eluard au printemps dernier. Interpellé sur l’état d’abandon de l’immeuble Niemeyer, ex siège du journal l’Humanité, qui trône au cœur du quartier, « il y a une bataille à mener, avec l’ensemble de la population », préconise-t-il encore afin que l’Etat, son propriétaire depuis 2010, y mène enfin à bien son projet d’installer là une sous-préfecture de plein exercice.

Devant une assistance qui allait s’amenuisant au fil des échanges, Laurent Russier, élu délégué au grand centre ville, s’est employé quant à lui à lever les doutes sur la volonté de la ville de mener à bien la concertation. La première étape en sera, de la mi-octobre à la mi-novembre, quatre réunions thématiques, sur l’espace public, le commerce, le cadre de vie et l’habitat, avant une restitution en janvier.

(1) Deux cabinets d’urbanistes ont été missionnés, l’agence Bruno Fortier et la Fabrique de la ville.

 
Un quartier, deux projets

Sur la liste des bénéficiaires du NPNRU, adoptée en décembre 2014 par l’Agence nationale de rénovation, figurent Centre-ville, Franc-Moisin et Floréal-Saussaie. Trois quartiers pour quatre projets dont deux pour le Centre ville. Outre la réhabilitation de l’îlot Basilique, le NPNRU permettra de poursuivre la résorption de l’habitat insalubre que la ville avait cru un temps pouvoir financer avec une rallonge au PNRQAD (Programme national de requalification des quartiers anciens dégradés). Mais la convention signée avec l’Etat en 2010 pour deux secteurs prioritaires, Porte de Paris et quartier de Gare, ne sera pas renouvelée à la fin 2016, au terme de ses cinq ans.

Le NPNRU prendra donc le relais dans ce centre ville où habitats anciens et nouveaux ne se différencient guère en termes de pauvreté. Sur les quelque 30 000 habitants, le taux de chômage approche les 24%, et 41,5% des plus de 15 ans sont sans diplôme, ni qualification. Dans l’îlot Basilique, où l’on dénombre 1375 logements sociaux, s’ajoutent à la dégradation ordinaire des immeubles à rénover quantités de dysfonctionnements listés par la ville et Plaine Commune, dont un tissu commercial « déqualifié », un déficit d’équipements de proximité, des « problèmes de gestion des ordures ménagères, de propreté et d’hygiène », ainsi que des « problématiques de tranquillité publique et de sécurité ».