La région fragilise la construction – Le JSD

Des maires des villes de Plaine Commune dénoncent le « dispositif anti-ghettos » imaginé par Valérie Pécresse, excluant de l’aide à la construction des logements les plus sociaux les communes comptant plus de 30% de HLM.

Lutter contre les « ghettos urbains ». C’était l’une des principales promesses de campagne de Valérie Pécresse pour l’Île-de-France. En mars 2016, trois mois après son élection à la présidence de la Région, elle faisait ainsi adopter un « dispositif anti-ghettos » pour exclure de l’aide à la construction des logements les plus sociaux, dits PLAI (1), les communes comptant plus de 30% de HLM. Sur ce territoire dont les neuf villes sont concernées, la perte sera de « 3 millions d’euros par an », ont dénoncé les neuf élus réunis le mercredi 1er février au siège de Plaine Commune. Entérinée le 25 janvier par le vote du budget 2017, la nouvelle politique régionale sur le logement aura des impacts plus lourds encore, comme l’ont détaillé les élus. La Région ne contribuera plus aux réhabilitations du parc social, qu’elle subventionnait à hauteur de 5 à 6%, ni au redressement des copropriétés dégradées. Et son budget pour le logement social familial est passé de 70 à 40 millions d’euros, avec notamment pour perspective de se désengager dans les 130 communes de la Métropole du Grand Paris. Si le logement compte en effet parmi ses principales compétences, la Métropole ne sera pas en mesure de l’exercer « avant janvier 2019, signale Patrick Braouezec. Il y aura un vide de financement de deux ans. C’est 5 millions d’euros de pertes par an pour le territoire ».

« Un loyer de 1 000 à 1 200 euros par mois pour un T3, même un enseignant ne le peut pas »

Le président de Plaine Commune mentionne enfin les 7 millions annuels dont le territoire ne pourra plus bénéficier au titre du dispositif pour financer les équipements publics et infrastructures indispensables à l’accueil de nouveaux habitants. Cette aide régionale aux « quartiers innovants », ayant été refusée à Plaine Commune « à cause des logements PLAI ». En vertu, donc, de ce « dispositif anti-ghettos », condamné par les élus comme une « posture idéologique », au mépris de la réalité. Comme le rappelle Stéphane Peu, élu de la ville et du territoire, et président de Plaine Commune Habitat, la moitié des salariés en France perçoivent moins de 1 800 euros. À Plaine Commune, où ce revenu médian est sensiblement inférieur, « 70% des demandes sont éligibles au logement PLAI », dont les montants de loyers sont « de 7 à 7,50 euros le m2 ». C’est plus du double pour ces logements PLS, dont l’offre est encouragée par la Région au nom de la mixité sociale. « Payer un loyer de 1 000 à 1 200 euros par mois pour un T3, même un enseignant ne le peut pas », s’exclame Meriem Derkaoui, maire d’Aubervilliers, où l’OPH relève pour les PLS les plus hauts niveaux d’impayés.

« On laisse ceux qui ne font pas s’enfermer dans leur égoïsme »

Inscrit au Contrat de développement territorial, l’objectif des 4 200 logements, dont 40% sociaux, construits par an, a été dépassé en 2016, note encore Patrick Braouezec. « Comment maintenir ce rythme » pour répondre à la pénurie en Île-de-France ? À Plaine Commune Habitat, explique M. Peu, la perte est estimée à « 3,5 millions d’euros pour les productions engagées sur les deux ou trois ans, dont certaines dans le cadre de l’ANRU ». Officiellement épargnés, ces programmes de reconstruction dans le cadre du renouvellement urbain seront donc aussi affectés. « Les chantiers vont se poursuivre, assure néanmoins M. Peu. On va gonfler le recours à l’emprunt. Et on va puiser sur nos fonds propres, qui seraient mieux utilisés pour la maintenance ou les réhabilitations. Mais ça hypothèque l’avenir. » Alors que maints édiles d’Île-de-France refusent le quota de 25% de logements sociaux imposé par la loi SRU, s’insurge Stéphane Peu, « on s’en prend à ceux qui font et on laisse ceux qui ne font pas s’enfermer dans leur égoïsme ».

(1) PLAI, Prêt locatif aidé d’intégration, et PLS, Prêt locatif social.

Également présents, les maires de Stains, La Courneuve, L’Île-Saint-Denis et Saint-Denis, le conseiller régional Front de gauche Taylan Coskun et le président du CA de l’OPH d’Aubervilliers Silvère Rozenberg.

Source : http://www.lejsd.com/content/la-r%C3%A9gion-fragilise-la-construction