Faire du logement une grande cause nationale

Logements sociauxDepuis plusieurs années, la crise du logement frappe de plein fouet toute l’Europe. En France, la pénurie de logements avoisine le million, dont 500 000 en Ile­-de­-France. La part du logement dans le budget des ménages n’a fait qu’augmenter avec la crise : 27% aujourd’hui contre 18% en 2000, jusqu’à 40% en zones tendues comme l’Ile­-de-­France.
Dans les métropoles, la spéculation immobilière s’accentue, avec des conséquences insupportables pour les plus modestes : loyers hors de prix, augmentation des impayés et des expulsions, marchands de sommeils qui gèrent des logements insalubres et surpeuplés, etc.

François Hollande alors candidat à l’élection présidentielle s’était engagé à faire du logement une priorité de son quinquennat. Presque 4 ans plus tard, son gouvernement est allé de renoncement en renoncement sur ce droit pourtant fondamental pour tout individu. Jamais il n’atteindra son objectif de construire 500 000 logements – dont 150 000 logements sociaux – par an. Ce chiffre n’est pourtant pas dû au hasard et s’il avait été atteint, il aurait dû permettre d’apporter une réponse concrète et efficace à la pénurie de logements qui frappe durement notre pays depuis 1945. Tous les acteurs du logement y ont cru, et aujourd’hui la désillusion est immense. Chaque année qui passe est plus catastrophique que la précédente en matière de production.

Des solutions existent pourtant. Les organismes HLM, garants d’un logement généraliste et bon marché, sont mobilisés pour être au rendez­-vous de la production. Mais pour cela, un virage à 180 degrés de la politique du logement menée par l’actuel gouvernement est indispensable.

Le logement doit être déclaré grande cause nationale et des mesures fortes doivent être prises dès maintenant.

  •  Premièrement, les aides à la pierre doivent être réinscrites telles quelles dans le budget de l’État, et son montant de 2012 doublé comme cela figurait dans le programme du candidat Hollande.
  • Deuxièmement, il faut incontestablement s’appuyer sur l’épargne populaire (Livret A).
    La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) doit, dès à présent, offrir des conditions financières plus avantageuses aux organismes HLM en allongeant par exemple, la durée de ses prêts et leurs bonifications.
  • Troisièmement, il faut lever immédiatement tous les blocages permanents de l’administration pour que les projets existants sur le foncier décoté de l’État soient plus rapidement lancés.
  • Quatrièmement, l’accumulation de normes contraignantes est également un frein considérable à la construction de logements, leur simplification est donc nécessaire. L’Ordre National des Architectes foisonne de bonnes idées sur le sujet.

Il s’agit donc de quatre mesures concrètes visant à amorcer rapidement la relance de la production de logements qui peuvent être prises sans délai.

La politique du logement a besoin d’une relance efficace de la production par l’initiative publique. Il est temps que le gouvernement prenne réellement la mesure de la crise que nous traversons. Les erreurs du passé doivent être corrigées.
Le marché ne peut en aucun cas être l’alpha et l’oméga de notre politique du logement car agir ainsi c’est ouvrir la porte à toutes les dérives spéculatives qu’autorise notre économie financiarisée, bancarisée. Aujourd’hui, on voit bien que le dérèglement du marché immobilier conduit à un accroissement constant du coût du logement qui pénalise en premier lieu les couches populaires et participe de l’accroissement des inégalités.

Le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre est intraitable : le logement y apparaît comme « un facteur majeur dans l’approfondissement des inégalités, au cœur du processus de décrochage des couches populaires. »

Le gouvernement s’entête à s’orienter vers des solutions libérales alors qu’elles ont toujours produit des catastrophes, comme en Espagne, en Grèce ou au Portugal. Le logement n’est pas une marchandise quelconque ! A l’instar de la santé ou de l’éducation, il s’agit à la fois d’un droit et d’un bien de première nécessité.
Les politiques fiscales, financières et l’engagement de la nation doivent en tirer toutes les conséquences. Les bricolages du gouvernement ces dernières années sont un non­ sens absolu. Ils sont socialement injustes et économiquement contre­productifs pour la croissance et l’emploi. Il n’y a qu’à observer les résultats : la production est catastrophique, le nombre de personnes frappées de plein fouet par la crise du logement ne cesse d’augmenter – le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre est particulièrement édifiant à ce sujet, avec près 15 millions de personnes touchées –, les conséquences sociales et économiques sont dramatiques pour les personnes concernées et pour le pays. A en croire les dernières déclarations du Président de la Fédération du Bâtiment, Jacques Chanut, le secteur devrait enregistrer cette année une perte historique de 45 000 emplois. Malheureusement, le secteur du bâtiment et du logement paye cash la politique d’austérité et le ralentissement de l’activité économique. Et ce, alors même que l’offre reste très inférieure à la demande.
La relance économique du pays doit pourtant passer par le monde HLM, grand pourvoyeur d’emplois non délocalisables, et donc moteur de la croissance retrouvée. Plus de 70% des Français ont droit aux HLM et 81% souhaitent qu’on développe cet habitat populaire. Qu’attendons ­nous pour créer un véritable service public du logement social ?

Ce gouvernement qui a supprimé les aides à la pierre du budget de l’État, qui n’a de cesse de vouloir raboter les APL mais qui maintient en revanche les produits de défiscalisation, est un gouvernement aux inspirations purement libérales qui engendre davantage de spéculation, favorise la rente immobilière et la multipropriété au détriment de l’accès au logement du plus grand nombre.
Il faut que les choses changent et pour cela la bataille sur le logement doit être menée urgemment. Si elle rassemble largement au­ delà de nos rangs politiques, aujourd’hui les luttes sont trop sectorisées. Pourtant les libéraux sont déterminés sur ces questions. Nous devons donc réfléchir et surtout agir rapidement afin d’élargir la mobilisation sur le logement. Il y a un enjeu énorme à faire converger les luttes sur ces questions. Le Parti Communiste Français doit être moteur de cette union.

Stéphane Peu
Responsable du secteur logement au Parti Communiste Français
Président de Plaine Commune Habitat

 

Laissez-nous construire des logements sociaux !

Manifestation le 7 avril devant l’hôtel de Région

Après la décision du conseil régional d’Ile-de-France de ne plus attribuer d’aide à la construction aux villes ayant plus de 30% de logements sociaux, un appel aux maires et aux associations pour les droits au logement est lancé à l’initiative de Patrice Leclerc, Maire de Gennevilliers et Marc Hourson Président de l’OPH de Gennevilliers.

Patrice Leclerc   Marc Hourson


Cher-es collègues,
Cher-es ami-es,

Alors qu’il y a plus de 500 000 demandeurs de logement en Ile-de-France et que plus de 70% de la population de notre région est éligible au logement social de par ses revenus, la majorité de droite LR/UDI vient de décider de ne plus attribuer d’aide à la construction de logements sociaux aux villes ayant plus de 30% de logements sociaux.

Par cette décision faisant de la surenchère au politique du gouvernement Valls qui s’attaque déjà au logement social en mettant la barre à 50%, la région Ile-de-France va aggraver le problème du logement en Ile-de-France et en Métropole. Plutôt que d’essayer d’imposer ou d’aider à la construction de logements sociaux dans toutes les villes, elle veut faire baisser le nombre de logements, privilégiant ainsi la spéculation immobilière, la hausse des loyers dans le privé, l’entre-soi sociologique dans quelques villes égoïstes.

Cette décision interdit à des villes de continuer à répondre aux besoins des populations, notamment les jeunes décohabitants. Par exemple, à Gennevilliers, il faut construire un minimum de 150 logements sociaux par an uniquement pour répondre à la demande des jeunes décohabitants de la ville.

L’expérience est là : c’est sur la base de telles conceptions qu’en 20 ans, le nombre de logements sociaux dans les Hauts-de-Seine a reculé, le peu de ville de droite qui sont au-dessus des 25% de la loi SRU prennent cela comme un plafond et non un plancher ! Il y a pourtant des terrains puisqu’ils construisent des logements de standing.

La situation est catastrophique et elle va continuer de s’aggraver sur le droit au logement. Le logement social, habitation à loyer modérée, doit redevenir le logement pour toutes et tous les salariés (au travail ou hors travail), l’outil du droit au logement.

Aussi, nous vous proposons d’organiser et de participer à un rassemblement des associations et des villes qui refusent cette attaque contre le droit au logement, contre le logement social dans notre région.
Le rassemblement pourrait avoir lieu le jeudi 7 avril à 18h, jour d’une séance publique du Conseil régional. Nous pourrions avoir une réunion de préparation de cette manifestation pour définir ensemble les mots d’ordre et organisation le mardi 15 mars à 19h30, 18e étage de la mairie de Gennevilliers. Nous pourrions aussi décider d’une conférence de presse commune pour annoncer l’initiative.

En vous remerciant de votre attention,

Soyez assurés, Madame, Monsieur, de l’expression de nos sentiments les meilleurs,

Patrice Leclerc, Maire de Gennevilliers
Marc Hourson, Président de l’OPH de Gennevilliers

Source Médiapart

Communiqué | Lettre ouverte aux Députés PS Bruno LE ROUX et Mathieu HANOTIN.

Loi de finances pour 2016 : Défendons les HLM

Stéphane PEU, Président de Plaine Commune Habitat et Vice-président de la Fédération des Offices Publics de l’Habitat, écrit ce jour aux deux députés PS de l’agglomération Plaine Commune, Bruno LE ROUX et Mathieu HANOTIN, afin qu’ils se positionnent fermement contre la suppression des aides à la pierre dans le budget de l’Etat prévue dans la Loi de finances pour 2016.

La Loi de finances pour 2016 actuellement en débat à l’Assemblée Nationale fait peser de graves menaces les capacités de développement et d’intervention des organismes HLM.

Ces aides en faveur de la construction, modiques dans le budget de l’Etat, sont essentielles pour les organismes HLM qui peuvent ainsi produire en nombre des logements à loyers modérés.

Le candidat Hollande s’était engagé à doubler ces aides pour permettre la construction de 500 000 logements (dont 150 000 HLM) par an et résorber ainsi la pénurie criante de logements dans notre pays.

En supprimant ces aides, le gouvernement renie, d’une part, les engagements présidentiels et accentue, d’autre part, gravement la crise du logement et de l’emploi. Le ralentissement des constructions aura pour effets d’aggraver la pénurie de logement et supprimer des dizaines de milliers d’emplois dans le secteur du bâtiment (plus de 45 000 en 2015 selon le Président de la Fédération du Bâtiment).

Cette suppression des « aides à la pierre » est donc incompréhensible car elle est socialement injuste et économiquement contreproductive pour la croissance et l’emploi.

Un budget logement qui propose de supprimer les aides à la pierre, de baisser les APL et de maintenir les produits de défiscalisation est un budget d’inspiration purement libérale qui a déjà fait la preuve par le passé de son inefficacité en engendrant que davantage de spéculation. Favoriser la rente immobilière et la multipropriété au détriment de l’accès au logement du plus grand nombre est une aberration.

En écrivant aux Députés d’un territoire où 33 000 ménages sont en attente d’un logement HLM, où la nécessité de produire et réhabiliter le patrimoine existant est immense, Stéphane PEU leur demande de se positionner fermement contre ce projet de loi si les Aides à la pierre n’étaient pas maintenues.

Lettre ouverte aux Députés PS Bruno LE ROUX et Mathieu HANOTIN.

Stéphane Peu « Le marché va faire la loi républicaine »

Mis à part quelques avancées sur des points techniques, loi-duflot
la loi Duflot ne remet pas en cause la logique libérale, selon Stéphane Peu,
en charge des questions de logement au PCF.

Les députés Front de gauche se sont abstenus, hier, lors du vote solennel de la loi Alur de Cécile Duflot en première lecture à l’Assemblée nationale. Explication de Stéphane Peu, président de Plaine Commune Habitat et responsable de la question du logement au PCF.

Que reprochez-vous au texte ?

Stéphane Peu. Cette loi n’est pas à la hauteur. Elle accumule des dispositions techniques, dont certaines, attendues, vont dans le bon sens. Je pense à la régulation des copropriétés, des abus des syndics ou des métiers de l’immobilier. Je pense aussi à la lutte contre l’habitat insalubre avec la reprise de notre idée de permis de louer, même si la question des moyens de la justice contre les marchands de sommeil n’a pas été abordée. Toutefois, ces quelques avancées ne répondent pas à l’urgence actuelle, ni aux causes de la crise du logement.

Pour quelles raisons ?

Stéphane Peu. Cette loi n’agira pas, d’abord, contre la rareté des logements. La discussion du projet de loi Alur ne doit pas faire oublier le décret, adopté le 29 juillet, qui oblige la Caisse des dépôts et consignations à reverser 30 milliards d’euros aux banques. Ces excédants d’épargne populaire, dus à l’augmentation du plafond du livret A, auraient pu accélérer la construction de logements. C’est l’équivalent de soixante années d’aides à la pierre dont on se prive, alors que la production de logements sera, fin 2013, la plus faible enregistrée depuis près de cinquante ans. Deuxième problème, cette loi ne va pas agir sur le coût des logements. Malgré les intentions affichées, elle ne remet pas en cause une logique libérale à l’œuvre depuis trente ans. L’encadrement des loyers, calculé à partir des niveaux médians du marché, va inscrire dans le marbre les niveaux anormalement élevés atteints ces dernières années. La folle loi du marché va devenir la loi de la République. Exception faite des micrologements, ce dispositif bénéficiera aux loyers les plus élevés et aux logements les plus luxueux. C’est même un mécanisme inflationniste, car les bailleurs seront tentés d’augmenter tous les loyers situés sous la médiane. Cette régulation à la hausse ne sera pas de nature à rapprocher le prix du logement d’un niveau supportable pour les habitants. Or, la part du budget des ménages consacrée au logement est passée de 18 % à 26 % en dix ans. Elle a même atteint les 40 % en Île-de-France…

La création d’une garantie universelle des loyers (GUL) n’est-elle pas un progrès ?

Stéphane Peu. Ce dispositif offre une garantie contre des impayés de loyer. Mais ce risque provient justement d’un trop grand écart des loyers avec les revenus des familles. Avec la GUL, on risque au contraire d’encourager les propriétaires à maintenir les loyers élevés. Or, la première raison de la dégradation du pouvoir d’achat, c’est le coût du logement. Pour donner du pouvoir d’achat, et relancer la croissance, il aurait mieux fallu mettre en place un gel des loyers, instaurer un encadrement à la baisse et favoriser un investissement massif dans la construction de logements. Je ne doute pas des intentions de la ministre. Sa volonté de dialogue a été réelle. Mais sur ce sujet-là, comme sur bien d’autres, la volonté de remettre en cause des logiques libérales n’est pas au rendez-vous. On bricole le libéralisme, mais on n’a pas d’ambition politique assez forte pour revenir sur ses effets pervers.

Source : Stéphane Peu « Le marché va faire la loi républicaine » | L’Humanité